Mon dictionnaire "personnel"

magellan

Modérâleur
Staff
#1
Parce que les mots sont des objets sensibles à manipuler, qu'ils sont autant de jouets que de grenades... Je me suis dit "amusons-nous à faire voler en éclats quelques définitions du dictionnaire!"

Donc en voici une pour commencer:
Nom (de famille)
Accessoire généalogique à inscrire sur des documents d’identité.

Le nom (sous-entendu de famille) est une invention administrative afin de pouvoir distinguer des résidents dans une zone, et de ne plus se cantonner à un simple « tiens bidule habite à côté du moulin ». Tout état qui se respecte a besoin de données administratives, de pouvoir dire qu’untel est unique et que personne ne pourra être pris pour lui en cas de problème, ou encore de bien pouvoir faire le tri parmi toute une lignée où des parents, peu imaginatifs, ont nommé leurs fils Paul à chaque niveau de l’arbre généalogique. Ce qui est amusant avec les noms, c’est d’en chercher les raisons profondes. Alors, il est facile de trouver une explication à « Dupont », ou encore à une « Deschamps », mais comment justifier des gens dont le destin a eu le malheur de mettre un nom de famille comme « Connard »… Cela laisse songeur sur le tempérament joueur du fonctionnaire zélé qui a renseigné la première fiche d’état civil…
 

Patakesse

Grand Maître
#2
Pour les noms de famille difficiles à porter, il semble évident que les mots n'avaient pas du tout le même sens qu'aujourd'hui. Je ne sais pas comment on peut retracer la naissance d'un nom de famille, mais quand on cherche l'origine du nom de famille "connard", on trouve plusieurs hypothèses, qui n'ont évidemment rien à voir avec l'usage vulgaire qu'on a aujourd'hui de ce mot. J'ai fréquenté une personne nommée "Vandeputte", le nom était d'origine flamande et n'ayant évident pas le sens qu'on entend chez nous aujourd'hui.

Tant de mots n'ont plus du tout leur sens d'origine... Pédophile par exemple, est maintenant (depuis l'affaire Dutroux) totalement assimilé à un "individu pervers violeur voire tueur d'enfants", ce qui n'est pas du tout le sens du mot. "Pédocriminel" serait plus approprié. Cet usage du mot est très récent, ce qui montre que le sens d'un mot peut très vite changer. Les médias de masse sont les champions du monde pour galvauder le sens des mots (l'usage fait de "pédophile" aujourd'hui leur doit sans doute beaucoup) .

Par exemple un mot que j'adore, et qui raisonne comme une qualité à mes oreilles : cynique. Aujourd'hui, dans l'esprit des gens, être cynique est péjoratif, alors qu'a l'origine, c'est faire montre d'une grande ouverture d'esprit (issu de l'école philosophique grecque du cynisme qui rejetait les conventions sociales). Diogène est l'une de mes (très rares) idoles. Les usages et conventions sont faits pour être bravés, cela me semble le début de ce qu'on pourrait appeler la liberté (par opposition au moutonnisme). Pour les cyniques, la sagesse ne peut s'atteindre sans cette liberté.
 

magellan

Modérâleur
Staff
#3
Je suis un cynique convaincu... donc je ne peux que cautionner ton propos. Le cynisme, c'est la capacité à trouver de l'humour et de l'ironie dans les choses les plus graves!
 

SergioVE

Grand Maître
#4
« Le cynique connaît le prix de chaque chose mais la valeur d’aucune. » Oscar Wilde.
 

eazena

Habitué
#5
Les médias de masse sont les champions du monde pour galvauder le sens des mots
Ça n'est pas que le sens des mots qui a changé, aussi les valeurs et les normes.
Aujourd'hui, si un trentenaire se met en couple avec une fille de 14-15 ans, tu peux t'attendre à ce qu'à peu près tout le monde soit scandalisé. Mais ça n'empêche pas Danton d'avoir 2 statues à Paris...


Les usages et conventions sont faits pour être bravés
J'ai beaucoup de mal avec cette phrase.
Disons simplement que je suis content qu'il soit illégal de se balader à poil dans la rue et de se masturber publiquement (ce que faisait Diogène, et je ne parle pas que de masturbation intellectuelle).
 

magellan

Modérâleur
Staff
#6
Ça n'est pas que le sens des mots qui a changé, aussi les valeurs et les normes.
Aujourd'hui, si un trentenaire se met en couple avec une fille de 14-15 ans, tu peux t'attendre à ce qu'à peu près tout le monde soit scandalisé. Mais ça n'empêche pas Danton d'avoir 2 statues à Paris...



J'ai beaucoup de mal avec cette phrase.
Disons simplement que je suis content qu'il soit illégal de se balader à poil dans la rue et de se masturber publiquement (ce que faisait Diogène, et je ne parle pas que de masturbation intellectuelle).
Je suis autrement moins radical que toi. Personnellement cette phrase a un sens qui me convient au titre que sans défiance point de progrès.

L'ennui, c'est que les conventions sont à braver... mais à quel prix et pourquoi. Certains y voient une manière de progresser, d'autres pour se prétendre hors norme. Or là, on sait tous qu'il y a un vrai souci à savoir "c'est quoi une bonne convention?". C'est une interrogation aussi vieille que l'humanité, et on trouve trace de cette question fondamentale dès l'antiquité.

Au surplus, ce qu'on énonce comme une liberté absolue, totale, déconnectée des conventions n'est qu'une simple élucubration prétentieuse. Nous avons chacun nos conventions et nos rites personnels. La sexualité est certainement le périmètre le plus élémentaire et évident pour clarifier mon propos. Ce que toi tu estimes comme acceptable, "conventionnel" sera possiblement rejeté par un autre. Que de pratiques sont estimées comme "inacceptables" par les uns, et totalement "normales" pour les autres! Dans ces conditions, est-ce la majorité qui a raison? Certainement pas. A mes yeux, la majorité est celle qui choisit la sclérose afin d'éviter toute remise en cause de leurs conventions justement.

Bien des progrès faits pour la vie sociale de chacun sont encore remis en doute parce que cela ne cadre pas dans les conventions étriquées d'une part énorme de la population. "Mariage pour tous": intolérable, ce n'est pas une famille conventionnelle. "Pma pour toutes", pas mieux, scandaleux que deux femmes puissent s'aimer. "Et ça n'est que quelques exemples qui sont évidents.

Si Diogène se masturbait publiquement? Je demeure très prudent car autant c'est possible, autant je pense aussi que les différents textes traitant de sa vie ont été à mon sens rédigés sous la forme pamphlétaire plus que réellement biographique.

A ce titre, j'invite les masses à se documenter sur Néron, et la plus que probable déformation historique de l'incendie de Rome qu'on lui impute depuis des siècles. Des taudis en bois, une urbanisation incohérente... et un incendie presque inévitable comme à Londres des siècles plus tard. Mais comme Néron, devenant fou à la vue du naufrage de sa capitale, a eu le malheur d'avoir un fou rire nerveux et des mots qui, sans contexte, lui font dire "j'ai mis le feu'".... Cela suffit à ses opposants pour écrire "une" version de l'Histoire.
 

eazena

Habitué
#10
Naturelle ou artificielle ?
Pour cette dernière, la définition est bien connue depuis longtemps : l’intelligence artificielle, c’est le contraire de la bêtise naturelle…
Intelligence tout court ! :o
 

mezigo

Modo démodé
Staff
#11
@magellan

Comment définirais-tu l'intelligence ?
Salut,
"Capacité à comprendre les autres" ?
Souvent les gens réduisent l'intelligence à la complexité, alors que le plus important (à mon avis), c'est l'altérité. Par exemple "vivre en bonne intelligence"...
 

thomade54

Grand Maître
#12
Parce que les mots sont des objets sensibles à manipuler, qu'ils sont autant de jouets que de grenades... Je me suis dit "amusons-nous à faire voler en éclats quelques définitions du dictionnaire!"

Donc en voici une pour commencer:
Nom (de famille)
Accessoire généalogique à inscrire sur des documents d’identité.

Ce qui est amusant avec les noms, c’est d’en chercher les raisons profondes. Alors, il est facile de trouver une explication à « Dupont », ou encore à une « Deschamps », mais comment justifier des gens dont le destin a eu le malheur de mettre un nom de famille comme « Connard »… Cela laisse songeur sur le tempérament joueur du fonctionnaire zélé qui a renseigné la première fiche d’état civil…
Mon nom de famille complet compte 21 caractères dont 2 espaces. L'administratif c'est déjà pas facile, mais quand en plus les buses de la mairie l'écorchent et te demandent c'est de quelle origine...
Alors que c'est juste breton
 

SergioVE

Grand Maître
#14
Salut,
"Capacité à comprendre les autres" ?
Souvent les gens réduisent l'intelligence à la complexité, alors que le plus important (à mon avis), c'est l'altérité. Par exemple "vivre en bonne intelligence"...
Il y a aussi le sens Anglo-saxon du mot, comme dans CIA…
 

eazena

Habitué
#15
Vous trouvez pas ça marrant, comment on peut galérer à définir clairement un mot dont on a pourtant tous une compréhension innée?

En ce qui me concerne, je pense l'avoir trouvée, la définition exacte du mot "intelligence", mais elle n'est pas de moi, je ne vais donc pas prétendre qu'elle est mienne.
Par ailleurs, je l'ai trouvée dans un livre que beaucoup de gens détestent (à tort), je me réserve donc le droit de la garder pour moi (pour l'instant).

@SergioVE : Tu chauffes !!!!
 

magellan

Modérâleur
Staff
#16
Intelligence

Terme tentant d'encadrer et d'estimer une supposée capacité à raisonner.

Par le mot intelligence, l'humain essaye de coller dans des cases étriquées un ensemble hétérogène de méthodes et actions, ceci ne pouvant bien entendu mener qu'à une incompréhension voire à des contresens fâcheux. Entendons-nous bien, nous cherchons vainement à dire "untel est intelligent", tandis que nous positionnons dans la même démarche "untel est donc forcément un con". Or, si l'on veut même un index telle une mesure prise par un thermomètre, cela ne peut pas fonctionner. Einstein a dit -telle une saillie dont il avait le secret- que "seuls l'univers et la bêtise humaine sont infinies, et encore, je ne suis pas certain pour l'univers". Comment peut-on dès lors positionner une zone d'intelligence dans une infinité de bêtise? Cela n'a pas véritablement de sens, sauf à dire que l'intelligence peut, elle aussi, se révéler être infinie (ne dit-on pas "dans son infinie sagesse"?)

Etre pensant ne suffit pas plus à qualifier l'intelligence. Bien que cette phrase puisse sembler être une évidence, pouvoir penser est nettement insuffisant pour être intelligent, ou alors l'idiot mort en voulant se prendre en photo sur un quai de gare à l'arrivée d'un train express est aussi un être intelligent. Ceci dit, si l'on est amateur de la théorie de Darwin, cela se révèlerait être une intelligence collective où la Nature de la bêtise individuelle élimine les plus inadaptés...

On se pense tous intelligents. Ne soyons pas faussement modestes, nous avons tous cet orgueil de se croire intellectuellement développées. En vérité, c'est un paradoxe savoureux car l'on se juge à l'aune de nos propres capacités limitées! Et cela, c'est ce qui fait la fortune des psychologues et des laboratoires pharmaceutiques. Pour les premiers, ils nous remettent à notre place dans l'univers, à savoir celle d'une fourmi ignorante qui se contente d'errer au gré des évènements. Les seconds, eux, s'engraissent dans la foulée suite à la profonde déprime provoquée par ce constat pénible.

Nous sommes coupables d'être prétentieux. Notre culpabilité porte sur trois crimes. Le premier, c'est d'user de notre intelligence à nos dépends. La deuxième, d'émettre l'hypothèse erronée que l'intelligence peut tout résoudre. Et le dernier de nos crimes, et non des moindres, est de faire de l'intelligence non un outil mais une arme. C'est par notre intelligence et elle seule que nous sommes parvenus à faire de l'atome le grand destructeur de civilisation, d'un engrais un gaz mortifère, et de nos écrans des capacités de torture morale à distance.

Enfin, l'intelligence, à mon sens, c'est surtout un amour à sens unique pour la connaissance. Tels des amants éconduits, nous courons après la connaissance, la culture, et celles-ci se révèlent être si vastes et si variées que jamais nous ne parvenons à en cerner tous les aspects. L'intelligence est une amante délicieuse et une maitresse cruelle. Lorsqu'on aime user de son intelligence, nous savourons l'instant où nous apprenons, nous pensons évoluer. Mais l'intelligence, c'est cette capacité qui, à cet instant précis d'extase, nous poussent à découvrir l'ampleur de notre malheur....
 

magellan

Modérâleur
Staff
#17
Vous trouvez pas ça marrant, comment on peut galérer à définir clairement un mot dont on a pourtant tous une compréhension innée?

En ce qui me concerne, je pense l'avoir trouvée, la définition exacte du mot "intelligence", mais elle n'est pas de moi, je ne vais donc pas prétendre qu'elle est mienne.
Par ailleurs, je l'ai trouvée dans un livre que beaucoup de gens détestent (à tort), je me réserve donc le droit de la garder pour moi (pour l'instant).

@SergioVE : Tu chauffes !!!!
voilà qui est fait... En une longue prose prétentieuse!
 

SergioVE

Grand Maître
#18
Dans un autre fil un peu agité, @sosombre a écrit :
"Le progrès, c'est une constante dans l'humanité."
Propos catégorique que je me permets de contester en constatant que le "progrès", quel qu'il soit, se limite à certaines époques et à certaines civilisations et donc que des périodes de stagnation empêchent de parler de mouvement constant.
Alors si constante il y a, je veux bien qu'on m'explique par exemple où a été le progrès en Europe entre les Ve et Xe siècle ? Où a été le progrès chez les indigènes d'Amazonie, d'Afrique, de Mélanésie ou d'Australie pendant les millénaires qui ont suivi l'invention de l'arc et de la flèche ?
Rappelons aussi le vieil adage : "Le progrès, c'était mieux avant" qu'on pourrait appliquer au prix des cartes graphiques, objet de la discussion d'origine.
 

magellan

Modérâleur
Staff
#19
Dans un autre fil un peu agité, @sosombre a écrit :
"Le progrès, c'est une constante dans l'humanité."
Propos catégorique que je me permets de contester en constatant que le "progrès", quel qu'il soit, se limite à certaines époques et à certaines civilisations et donc que des périodes de stagnation empêchent de parler de mouvement constant.
Alors si constante il y a, je veux bien qu'on m'explique par exemple où a été le progrès en Europe entre les Ve et Xe siècle ? Où a été le progrès chez les indigènes d'Amazonie, d'Afrique, de Mélanésie ou d'Australie pendant les millénaires qui ont suivi l'invention de l'arc et de la flèche ?
Rappelons aussi le vieil adage : "Le progrès, c'était mieux avant" qu'on pourrait appliquer au prix des cartes graphiques, objet de la discussion d'origine.
Cliché historique. Il y a eu des progrès partout, mais on résume le moyen-âge à une période d'obscurantisme et de rejet des sciences. Il y a nombre de domaines où l'on peut identifier de vrais progrès, des reculs également, et l'ensemble a toujours "avancé". On se facilite la tâche en considérant que l'ère des lumières a été un âge d'or... Mais ce n'est évidemment pas aussi simple, loin s'en faut.
 

SergioVE

Grand Maître
#20
Cliché historique. Il y a eu des progrès partout, mais on résume le moyen-âge à une période d'obscurantisme et de rejet des sciences. Il y a nombre de domaines où l'on peut identifier de vrais progrès, des reculs également, et l'ensemble a toujours "avancé". On se facilite la tâche en considérant que l'ère des lumières a été un âge d'or... Mais ce n'est évidemment pas aussi simple, loin s'en faut.
Bon, bien que ce soit matière à discussion, admettons que tu aies identifié quelque domaine de progrès au haut moyen âge européen. Mais quid des peuples que j'ai cité ? Etaient-ils hors humanité ?
 
Vous devez vous inscrire ou vous connecter pour répondre ici.
Membres en ligne
Aucun membre en ligne actuellement.
Derniers messages publiés
Statistiques globales
Discussions
838 651
Messages
7 500 374
Membres
1 583 765
Dernier membre
fishingdeepimpactraccoon
Partager cette page
Haut